VISION

« La politique, c’est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. »

Par les temps qui courent, on entend souvent que la politique, c’est l’art du possible. Sous-entendu : comme il est très difficile d’avoir prise sur le cours des choses, puisque la mondialisation de l’économie nous tombe dessus comme une enclume sur un moustique, contentons-nous d’apprêter les restes et advienne que pourra.

Je suis pour ma part convaincu, au contraire, que la politique, c’est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. Autrement dit, c’est la capacité de discerner ce qui va se révéler essentiel pour l’être humain et d’en faire une force, symbolique et pratique, pour changer le cours des circonstances, pour agir concrètement, pour refonder le pacte.

Dans le discours de législature du Conseil d’Etat, que j’ai prononcé en qualité de président le 31 mai 2018, il était dit : « A nous de rétablir le pacte. James Fazy, professait que passer d'un régime patricien à un régime démocratique exige de s'atteler à construire une conscience collective. La conscience collective naît du compromis, patiemment élaboré. Le peuple n'attend pas de son gouvernement qu'il reproduise les divergences qui fissurent la société. Il nous désigne au contraire pour les dépasser.

Nous sommes toutes et tous conscients de l'enjeu. Ce modèle de pacte, notre canton l'a testé avec Papyrus. Limité dans le temps et assorti de cautèles strictes, ce programme de régularisation de travailleurs et de travailleuses sans papiers a bénéficié de l'intelligence des syndicats et de la clairvoyance des employeurs. Cet acte de justice sociale doit à l'ouverture des frontières mentales et à l'abandon des postures de principe. Pour le fond, il faut voir là la genèse d'une nouvelle grammaire du Bien commun; pour la forme, il faut y voir aussi, et surtout, une méthodologie qui dépasse les clivages et délivre à ce titre de précieux enseignements. »

« Je défends l’idée que rien n’est viable sans liens et créativité portés par l'innovation »

A la forme et sur le fond, je défends une vision de l’économie capable de soutenir que la croissance n’est pas une fin en soi mais un moyen d’offrir à chacune et à chacun une perspective de se dessiner un avenir personnel et d'être un acteur engagé au sein de la collectivité.

Je défends l’idée que rien n’est viable sans liens et créativité portés par l'innovation, soit sans la capacité de se renouveler non seulement au niveau technique mais aussi et surtout au niveau humain, en visant des solutions à long terme, afin de répondre aux exigences économiques et aux défis sociaux de notre canton, tels que l'employabilité des jeunes et des seniors.

Je défends les principes de durabilité, d’ouverture et de diversité qui constituent l’ADN de l’économie genevoise, dans un contexte de liberté économique consacré par la Constitution mais relativisé de plus en plus par un carcan réglementaire, qu'il faut assouplir pour les entrepreneurs et pour l'emploi.

Je défends la notion de partenariat social, comme l'un des meilleurs antidotes à la précarisation du travail, dans une perspective où la numérisation de la société est d’abord perçue comme un risque, alors qu'elle devrait être envisagée comme une opportunité, et un moyen de ne laisser personne sur le bord de la route.

Bref, dans un monde qui a simultanément changé de ton, de vitesse et d’échelle, je crois plus que jamais en la force de l'engagement et de l'action politique pour affirmer nos valeurs démocratiques et les transcrire dans l’économie de demain, avec cœur et avec conviction.


Pierre Maudet,
Conseiller d'Etat